Les aides auditives peuvent-elles vraiment aider en cas d’acouphènes ? Preuves, limites et meilleures options

Can Hearing Aids Really Help Tinnitus? Evidence, Limits, and Best Options
Can Hearing Aids Really Help Tinnitus? Evidence, Limits, and Best Options

Aides auditives et acouphènes : la réponse en bref

Les aides auditives ont le plus de chances de réduire les acouphènes lorsqu’une perte auditive coexiste. Dans un essai contrôlé randomisé portant sur 114 patients atteints de surdité de perception aux hautes fréquences, 71 à 74 % ont obtenu une réduction cliniquement significative de la gêne liée aux acouphènes dans les trois mois suivant le port d’aides auditives (Yakunina et al. (2019)). Pour les personnes avec une audition normale, l’amplification n’est pas recommandée et présente un risque réel d’aggraver les symptômes. Le fait que les aides auditives puissent t’aider dépend presque entièrement de la présence ou non d’une perte auditive dans ton cas.

Les promesses et la réalité des aides auditives contre les acouphènes

Entre les dizaines d’articles classant les « meilleures aides auditives pour les acouphènes » et les sites d’audiologistes promettant un soulagement, on pourrait croire que les aides auditives sont une solution simple. Ce n’est pas le cas, du moins pas pour tout le monde.

Si tu fais des recherches parce que tu en as assez des sifflements et que tu te demandes si une aide auditive vaut des centaines ou des milliers d’euros, ton scepticisme est justifié. Le marketing dépasse souvent les preuves scientifiques. Certaines cliniques font la promotion d’appareils combinés avec des générateurs de sons intégrés comme solution haut de gamme ; les données des essais contrôlés randomisés ne justifient pas ce coût supplémentaire.

Cet article évite les classements de produits et se concentre sur ce qui détermine vraiment si les aides auditives sont utiles : ton type d’acouphènes et la présence ou non d’une perte auditive. Les preuves proviennent d’essais contrôlés randomisés et de recommandations cliniques, et non des fabricants.

Pourquoi la perte auditive est la variable clé dans le traitement des acouphènes par aides auditives

Pour comprendre pourquoi la perte auditive est si importante, il est utile de savoir ce que les chercheurs pensent qu’il se passe dans le cerveau lorsque des acouphènes se développent.

Lorsque la cochlée (l’oreille interne) est endommagée par le bruit, l’âge ou une maladie, elle envoie moins de signaux par le nerf auditif. Le cerveau réagit en augmentant sa propre sensibilité interne pour compenser, un processus que les chercheurs appellent le gain central. Cette hyperactivité compensatoire est supposée générer le son fantôme que tu perçois comme des acouphènes. Une aide auditive rétablit l’apport sonore périphérique qui a été réduit, ce qui peut atténuer la réponse sur-amplifiée du cerveau.

Ce mécanisme ne s’applique que lorsqu’une perte auditive est véritablement à l’origine du problème. Chez une personne avec un audiogramme normal, le cerveau ne compense pas un manque d’apport sonore, il n’y a donc aucun déficit périphérique qu’une aide auditive pourrait corriger. L’amplification dans cette situation ne s’attaque pas à la cause sous-jacente et, comme le précisent les recommandations cliniques, peut causer des dommages.

Environ 90 % des personnes souffrant d’acouphènes chroniques présentent une perte auditive mesurable coexistante (Hearing Aids and Masking Devices for Tinnitus), ce qui signifie que la majorité des patients atteints d’acouphènes sont au moins des candidats potentiels à l’amplification. La question est de savoir si leur profil individuel correspond bien à cette approche.

Ce que les preuves montrent vraiment

Les preuves sur les aides auditives pour les acouphènes se répartissent sur trois niveaux, et lire les trois ensemble donne l’image la plus précise.

Données des essais contrôlés randomisés : les meilleurs résultats disponibles

Yakunina et al. (2019) ont mené un essai contrôlé randomisé en double aveugle portant sur 114 patients présentant une surdité de perception aux hautes fréquences et des acouphènes chroniques. Les participants ont porté des aides auditives pendant trois mois, puis ont arrêté. Au bout de trois mois, 71 à 74 % dans les trois groupes d’appareils ont obtenu une réduction d’au moins 20 % sur le Tinnitus Handicap Inventory (THI), une échelle validée mesurant à quel point les acouphènes perturbent la vie quotidienne. À six mois (trois mois après l’arrêt des appareils), 52 à 59 % maintenaient ce niveau d’amélioration. Fait essentiel, les trois stratégies d’amplification ont obtenu des résultats équivalents, et un réglage standard était suffisant.

Un autre essai contrôlé randomisé de Henry et al. (2017) a comparé des aides auditives conventionnelles, des appareils combinés (aide auditive avec générateur de sons intégré) et des aides auditives à port prolongé chez 55 patients. Les scores moyens du Tinnitus Functional Index se sont améliorés de 21 points dans le groupe aide auditive standard et de 33 points dans le groupe appareil combiné, mais la différence n’était pas statistiquement significative. La conclusion même de l’étude était qu’il existe « des preuves insuffisantes pour conclure que l’un de ces appareils offre un soulagement plus important des acouphènes que les autres » (Henry et al. (2017)).

Recommandations cliniques : ce qu’elles préconisent

La recommandation NICE (NG155) du Royaume-Uni établit un cadre en trois niveaux : proposer l’amplification aux patients souffrant d’acouphènes dont la perte auditive affecte la communication ; l’envisager lorsqu’une perte auditive est présente mais que la communication n’est pas affectée ; et ne pas proposer l’amplification aux personnes souffrant d’acouphènes sans perte auditive, avec l’avertissement explicite que « le son amplifié peut provoquer une perte auditive » (National (2020)).

Une revue systématique comparant 10 recommandations de pratique clinique a constaté que les aides auditives n’étaient pas recommandées à l’unanimité dans toutes les recommandations, contrairement au conseil et à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui figuraient dans toutes (Meijers et al. (2023)).

La mise en garde de Cochrane

La revue systématique Cochrane de Sereda et al. (2018) a regroupé huit essais contrôlés randomisés portant sur 590 participants examinant les aides auditives, les générateurs de sons et les appareils combinés. Sa conclusion est la plus nuancée de la base de données probantes : il n’existe aucune donnée d’essai comparant un appareil de thérapie sonore à une liste d’attente ou à un contrôle placebo. Toutes les comparaisons sont appareil contre appareil. Cela signifie que les améliorations intra-groupe observées dans des essais comme Yakunina pourraient en partie refléter l’évolution naturelle ou des effets placebo plutôt que l’appareil lui-même. La revue Cochrane a évalué toutes les preuves comme étant de faible qualité et a conclu qu’elle « ne peut pas soutenir la supériorité d’une option de thérapie sonore sur une autre » (Sereda et al. (2018)).

Ce que cela signifie en pratique : les preuves sont réellement encourageantes, en particulier pour les patients avec une perte auditive aux hautes fréquences, mais les résultats individuels varient et aucune affirmation d’efficacité définitive ne résiste au standard méthodologique le plus rigoureux.

Qui a le plus de chances d’en bénéficier — et qui n’en bénéficiera pas

La probabilité que tu bénéficies d’une aide auditive dépend largement du profil auquel tu corresponds parmi trois possibilités.

Profil 1 : Acouphènes avec perte auditive confirmée (en particulier aux hautes fréquences)

C’est le groupe pour lequel les preuves sont les plus solides. L’essai contrôlé randomisé de Yakunina et al. (2019) a été spécifiquement conçu pour les patients avec ce profil, et le taux de réponse de 71 à 74 % à trois mois est le chiffre de résultat le plus concret disponible. Les bénéfices peuvent s’étendre au-delà des acouphènes eux-mêmes : une étude prospective de Zarenoe et al. (2017) a constaté que les patients souffrant à la fois d’acouphènes et de perte auditive présentaient des améliorations significativement plus importantes de la mémoire de travail et de la qualité du sommeil après l’appareillage auditif que les patients souffrant uniquement de perte auditive. Si tu fais partie de ce groupe et que tu n’as pas encore essayé une aide auditive correctement réglée, les preuves soutiennent qu’il vaut la peine de lui donner une vraie chance.

Profil 2 : Acouphènes sans perte auditive mesurable

Les aides auditives ne sont pas recommandées pour ce groupe. La recommandation NICE est explicite : ne pas proposer d’appareils d’amplification aux personnes souffrant d’acouphènes sans perte auditive (National (2020)). Le mécanisme de gain central que les aides auditives cherchent à corriger dépend de la présence d’une perte auditive périphérique. Sans elle, il n’y a aucun déficit audiologique que l’appareil pourrait corriger. Pour les personnes qui souffrent également d’hyperacousie (sensibilité accrue aux sons), l’amplification présente un risque supplémentaire d’aggraver cette sensibilité. Si c’est ton profil, les options fondées sur les preuves incluent la thérapie cognitive comportementale (TCC) et d’autres approches centrées sur le système nerveux.

Profil 3 : Acouphènes avec perte auditive, mais les aides auditives standard n’ont pas aidé

Les appareils combinés, qui associent amplification et générateur de sons intégré, sont parfois présentés comme l’étape suivante. L’essai contrôlé randomisé de Henry et al. (2017) a trouvé une amélioration du TFI numériquement plus importante avec les appareils combinés (33 points contre 21 points pour les aides auditives standard), mais la différence n’a pas atteint la signification statistique dans un essai portant sur 55 participants. L’étude manquait probablement de puissance statistique pour détecter une vraie différence si elle existe, mais selon les preuves actuelles, le coût supplémentaire d’un appareil combiné n’est pas clairement justifié. Les patients dans ce groupe devraient discuter des options avec un audiologiste spécialisé dans les acouphènes, plutôt que de supposer qu’un appareil plus coûteux apportera plus de soulagement.

Si tu appartiens au Profil 1 ou au Profil 3, la démarche la plus utile est d’abord une évaluation audiologique formelle avant toute décision d’achat.

Les caractéristiques à rechercher — et les arguments marketing à ignorer

Si tu as une perte auditive confirmée et que tu envisages une aide auditive, quelques points pratiques méritent d’être connus avant de visiter une clinique ou de parcourir les options disponibles.

Les modèles ouverts ou écouteurs déportés (RIC) évitent d’obstruer le conduit auditif, ce qui est important pour les patients souffrant d’acouphènes car obstruer le conduit peut amplifier la perception interne des sifflements. Ces modèles permettent au son naturel d’entrer en même temps que le son amplifié.

Le réglage fréquentiel calibré sur ton audiogramme est standard dans tout appareil sur prescription. L’essai de Yakunina et al. (2019) a montré que les stratégies de transposition fréquentielle n’offraient aucun bénéfice supplémentaire sur les acouphènes par rapport au réglage conventionnel, donc rien ne justifie de payer un supplément pour des algorithmes spécialisés de décalage fréquentiel commercialisés pour les acouphènes.

La connectivité Bluetooth est utile pour connecter les aides auditives à des applications de thérapie sonore, que certains patients trouvent utiles en complément de l’amplification.

Les programmes de masquage des acouphènes intégrés sont une fonctionnalité supplémentaire légitime, et de nombreux appareils sur prescription les incluent. Les preuves ne montrent pas qu’ils sont plus efficaces que l’amplification seule (Sereda et al. (2018)), mais ils ne nuisent pas et certains patients les trouvent utiles dans des situations spécifiques, comme les environnements calmes la nuit.

Sur les appareils en vente libre versus sur prescription : les aides auditives en vente libre sont plus abordables et désormais disponibles aux États-Unis suite aux changements réglementaires de la FDA en 2022, mais elles nécessitent un auto-réglage. Pour la prise en charge spécifique des acouphènes, les appareils réglés par un audiologiste et calibrés sur ton audiogramme individuel sont préférables. Un auto-réglage ne permettra probablement pas de traiter adéquatement le profil fréquentiel spécifique qui génère tes acouphènes particuliers.

Conclusion : l’essentiel sur les aides auditives pour les acouphènes

Les aides auditives font partie des interventions pratiques les mieux étayées pour les acouphènes, mais les preuves s’appliquent spécifiquement aux personnes avec une perte auditive coexistante, et le résultat réaliste est une réduction de la gêne, pas le silence.

Si tu souffres d’acouphènes et que tu n’as jamais passé un bilan auditif formel, c’est la bonne première étape. Si une perte auditive est confirmée, une aide auditive correctement réglée dispose de preuves solides issues d’essais contrôlés randomisés et constitue une option raisonnable en première intention. Si ton audition est normale, l’amplification n’est pas la solution et pourrait aggraver les choses. La TCC et d’autres approches sont mieux soutenues par les preuves pour ton profil.

Un bon audiologiste te dira honnêtement si une aide auditive est adaptée à ta situation. Si ton audition est normale et qu’il cherche quand même à te vendre un appareil, c’est un signal pour demander un deuxième avis.

Questions fréquentes

Les aides auditives guérissent-elles les acouphènes ou les réduisent-elles simplement ?

Les aides auditives ne guérissent pas les acouphènes. Le résultat réaliste pour la plupart des patients est une réduction de la gêne et de l'intensité perçue plutôt qu'une disparition totale du son. Dans l'essai contrôlé randomisé de Yakunina et al. (2019), 71 à 74 % des patients ont obtenu une réduction significative des scores de gêne liés aux acouphènes, mais le son n'a pas été complètement éliminé.

Les aides auditives aideront-elles mes acouphènes si j'ai une audition normale ?

Non. Les recommandations cliniques, notamment NICE NG155, stipulent explicitement que les appareils d'amplification ne doivent pas être proposés aux personnes souffrant d'acouphènes sans perte auditive mesurable. Sans perte auditive périphérique à l'origine du problème, l'amplification ne s'attaque pas à la cause et peut aggraver les symptômes, en particulier chez les personnes qui souffrent également d'une sensibilité aux sons (hyperacousie).

Qu'est-ce que le Tinnitus Handicap Inventory (THI) et que signifie une amélioration de 20 % ?

Le THI est un questionnaire validé mesurant à quel point les acouphènes perturbent les activités quotidiennes, la concentration et le bien-être émotionnel. Une réduction de 20 % du score THI est considérée comme une amélioration cliniquement significative, ce qui signifie que le patient remarque une vraie différence dans la façon dont les acouphènes affectent sa vie, et pas seulement un changement statistique mineur.

Les aides auditives combinées avec un générateur de sons intégré sont-elles meilleures que les aides auditives standard pour les acouphènes ?

Les preuves issues des essais contrôlés randomisés ne justifient pas de payer un supplément pour les appareils combinés. Henry et al. (2017) n'ont trouvé aucune différence statistiquement significative dans les résultats sur les acouphènes entre les aides auditives standard et les appareils combinés, même si ces derniers produisaient des scores d'amélioration numériquement plus élevés. L'essai était de petite taille (n=55), il est donc difficile de tirer une conclusion définitive, mais selon les preuves actuelles, le coût supplémentaire n'est pas clairement justifié.

Combien de temps faut-il pour que les aides auditives commencent à aider en cas d'acouphènes ?

L'essai de Yakunina et al. (2019) a mesuré une amélioration significative au bout de trois mois de port régulier. Certains patients remarquent une différence plus tôt, mais trois mois d'utilisation régulière constituent un délai raisonnable avant d'évaluer si un appareil fonctionne pour toi.

Dois-je consulter un audiologiste ou un ORL en premier pour les acouphènes et les aides auditives ?

Commencer par un spécialiste ORL (oto-rhino-laryngologiste) est souvent conseillé si tes acouphènes n'ont pas encore été évalués, car il peut écarter des causes sous-jacentes traitables. Une fois les acouphènes confirmés et le bilan auditif réalisé, c'est l'audiologiste qui s'occupe du réglage et de la calibration de l'appareil auditif. De nombreuses cliniques proposent les deux dans un parcours coordonné.

Les aides auditives peuvent-elles aggraver les acouphènes ?

Pour les personnes avec une audition normale, l'amplification présente un risque réel de dommages. NICE NG155 avertit que le son amplifié peut provoquer une perte auditive chez les personnes qui n'en ont pas déjà une. Pour les personnes souffrant de perte auditive et d'hyperacousie concomitante, une introduction progressive et prudente à faibles niveaux d'amplification est recommandée afin d'éviter d'aggraver la sensibilité aux sons.

Les aides auditives en vente libre sont-elles une bonne option pour les acouphènes ?

Les aides auditives en vente libre sont plus abordables suite aux changements réglementaires de la FDA en 2022, mais il n'existe pas encore de données d'essais cliniques sur leur efficacité spécifique pour la prise en charge des acouphènes. Étant donné que le bénéfice sur les acouphènes semble dépendre d'un réglage fréquentiel précis adapté à l'audiogramme individuel, les appareils sur prescription réglés par un audiologiste sont préférables à cette fin.

Sources

  1. Yakunina N, Lee WH, Ryu YJ, Nam EC (2019) Tinnitus Suppression Effect of Hearing Aids in Patients With High-frequency Hearing Loss: A Randomized Double-blind Controlled Trial
  2. Henry JA, McMillan G, Dann S, Bennett K, Griest S, Theodoroff S, Silverman SP, Whichard S, Saunders G (2017) Tinnitus Management: Randomized Controlled Trial Comparing Extended-Wear Hearing Aids, Conventional Hearing Aids, and Combination Instruments
  3. Sereda M, Xia J, El Refaie A, Hall DA, Hoare DJ (2018) Sound therapy (using amplification devices and/or sound generators) for tinnitus
  4. Zarenoe R, Häallgren M, Andersson G, Ledin T (2017) Working Memory, Sleep, and Hearing Problems in Patients with Tinnitus and Hearing Loss Fitted with Hearing Aids
  5. National Institute for Health and Care Excellence (2020) Tinnitus: assessment and management (NICE guideline NG155)
  6. Meijers S, Stegeman I, van der Leun JA, Assegaf SA, Smit AL (2023) Analysis and comparison of clinical practice guidelines regarding treatment recommendations for chronic tinnitus in adults: a systematic review
  7. Hearing Aids and Masking Devices for Tinnitus

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